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Production : La Virgule (Mouscron-Tourcoing)
Avec : Estelle Boukni et Jean-Marc Chotteau
Décors : Patrick Bugeïa


Phototèque


COMMA


Écrit et mis en scène par Jean-Marc Chotteau


Pour tenter d’arracher les patients du coma, il convient, disent les médecins, de leur parler sans cesse. Mais quelle parole est salutaire ? A la recherche du « comma », cet espace inaudible entre deux notes, Jean-Marc Chotteau, dans une nouvelle création au Salon de Théâtre, écrit et interprète une fable tragi-comique où il sera question d’entendre battre le cœur du théâtre.

L’envie était forte et semble-t-il partagée de retrouvailles de Jean-Marc Chotteau et de son public, dans le chaleureux et intime écrin du Salon de Théâtre. Avec « Comma », l’auteur-acteur y met en scène un spectacle tout en nuances, qui oscille sans cesse, dans l’émotion ou le rire, entre la fable et la plus personnelle des confidences.

Dans l’univers très concret d’une chambre d’hôpital, un comédien vient rendre visite à un parent - très proche !- dont on dit l’état critique. Certes, le malade respire encore et son sang circule parfaitement, mais il est entré dans un sommeil si profond qu’il le prive de toute mobilité, et s’il faut en croire l’infirmière, de toute conscience, de toute sensibilité.

Tout espoir de guérison n’est pas perdu car ce dont souffre le patient a son antidote : « il faut lui parler, lui parler, lui parler sans cesse », dit l’infirmière. Mais avec quels mots ? Ceux qui ravivent la mémoire ou ceux qui suscitent le rire ? Ceux qui rassurent, ou ceux qui provoquent ? Ceux des poètes ou des bouffons ? Cela ne devrait pas être trop difficile à l’acteur que vous êtes ! » dit l’infirmière au visiteur…

Et si c’était de faire vivre le silence entre les mots qu’une parole était entendue ? « Comma » ne désigne-t-il pas en musique, cet infime mais nécessaire fraction de ton entre deux notes ? Et ce mot, en anglais, en espagnol, en allemand, ne signifie-t-il pas la « virgule » : cet espace où tout s’invente entre deux mots ?

Paradoxal éloge du silence, la pièce est aussi, non sans humour, une allégorie du théâtre et de son rapport au public… Un public depuis des siècles cloué dans un fauteuil, tenu dans le noir et condamné à se taire, mais objet cependant des meilleures (-et des pires !) intentions, pour qu’il réagisse.

Extraits du spectacle (le texte est publié aux Editions La Fontaine)

« Il est un silence qui n’est pas du vide, mais un souffle entre deux mots, et dans ce souffle respire une âme, circule un sens. C’est là que s’échangent les regards, se nourrissent les émotions, se disciplinent les idées qui se pressent sur les lèvres… Les silences de mort, cela n’existe pas. Il n’y a que des silences de vie… »
L’infirmière, dans Comma, Troisième visite.

L’ INFIRMIERE - Vous saurez les faire briller, les yeux de votre ami !
LE VISITEUR - Il a de la brume dans les yeux, l’ami !
Il se tourne vers le patient et s’adresse à lui
Tu es entré ici sans même savoir si tu pouvais y respirer. Tu t’es dit : cet endroit n’est pas pour moi. Tu t’es dit : on n’y entre qu’initié, ou forcé. Tu t’es dit : je ne suis pas à la hauteur. Tu as eu peur. Tu as peur de gêner, l’ami. Tu te sens en pays étranger. Tu n’en connais pas toujours la langue. Tu y vois des gestes d’une précision inquiétante dans une espèce de rituel dont tu crains ne pas connaître tous les codes. Parfois le scénario te semble bâclé. Ce serait pour toi qu’on s’agite ainsi ? Savent-ils que c’est pour toi, pas pour eux, qu’il faut que tout cela finisse bien ?
L’INFIRMIÈRE - Faites un peu attention à ce que vous dites !…
LE VISITEUR - Faites un peu attention à lui ! A-t-il mangé avant de venir ? La baby-sitter est-elle arrivée à temps pour les enfants ? Sait-il quel acte on pratique ici ?
L’INFIRMIÈRE - Tous nos patients sont différents…
LE VISITEUR - Mais vous administrez les mêmes soins, récitez les mêmes tirades. Vous leur parlez à la cantonade. Et vous vous étonnez qu’ils ne prennent pas la parole…