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Pierre de patience


D’après Syngué Sabour d’Atiq Rahimi
Mise en scène de Didier Perrier

Spectacle proposé à l’abonnement

Du 4 octobre 2018 au 20 octobre 2018

Salon de Théâtre, Tourcoing [F]

• mardi et vendredi à 20h30
• mercredi et jeudi à 19h30
• samedi à 17h00
• relâche les lundis et les dimanches

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Production : Cie L’Échappée (Saint-Quentin)
Coproduction : La Manufacture (Saint-Quentin), Le Palace (Montataire)
Avec : Dominique Bouché, Hélène Cauet, Christelle Ferreira
Musique au plateau : Chantal Laxenaire
Assistant à la mise en scène : Thibaut Mahiet
Chorégraphie : Xavier Lot
Lumières : Jérôme Bertin
Costumes : Sophie Schaal
Régie : Matthieu Emielot
Durée du spectacle : 1h15 sans entracte
Chaque jeudi, rencontre avec l’équipe artistique à la fin de la représentation


Phototèque


Avec Pierre de patience, La Virgule accueille l’une des plus singulières créations de l’équipe picarde de Didier Perrier. Sur la scène du Salon de Théâtre, dans une intimité propice aux confidences, trois comédiennes et une musicienne livrent une adaptation sensible et poignante de Syngué Sabour, Prix Goncourt 2008 et premier roman écrit en français par Atiq Rahimi, auteur d’origine afghane. Didier Perrier a choisi d’accentuer la théâtralité du roman en adaptant ce monologue en une pièce à plusieurs voix, plusieurs voix de femmes. Tel le choix de l’auteur de situer son intrigue « quelque part en Afghanistan ou ailleurs », cette polyphonie confère à Pierre de patience l’universalité d’une parole de femmes souvent contrainte ou réprimée. Une parole qui, par-delà le récit des peines et des injustices subies, s’aventure ici à l’affirmation de soi et ose l’incandescence du désir…

Dans Kaboul bombardée, une jeune femme veille son mari, un héros de la guerre plongé dans le coma. La balle restée fichée dans sa nuque contraint le corps du malade à l’immobilité et sa gardienne à la réclusion dans sa propre maison. Impuissante et solitaire, forcée à un dévouement total pour un mari brutal et âgé qui n’a jamais su l’aimer, elle libère peu à peu une parole jugulée. Dans la puissance de sa libération, cette voix de femme s’aventure dans des espaces interdits : les lieux de sociabilité des hommes. Les spectateurs se trouvent ainsi transportés sur la place d’un marché où les pères s’affrontent, par combats de cailles interposés, et l’on voit, après le combat, le perdant offrir à son adversaire une fille à peine pubère pour solder ses dettes de jeu… Cette parole pénètre aussi les zones enfouies de son propre désir, avouant des plaisirs intimes, solitaires, et l’envie farouche d’y céder, avec un homme qui lui plairait. Cette parole se déverse sur le corps inanimé d’un mari devenu objet, tel une pierre de patience (syngué sabour), qui, selon la légende persane, se polit des peines qui lui sont narrées et les absorbe pour soulager ceux qui se confient à elle, jusqu’à ce qu’elle éclate !

Atiq Rahimi est né et a grandi en Afghanistan dans une famille germano-persane, libérale et lettrée. Il fréquente le lycée français, se passionne pour la littérature grâce à Victor Hugo et pour le cinéma en découvrant la Nouvelle Vague. Fuyant le service militaire et le conflit afghano-soviétique, il choisit naturellement de chercher refuge en France. Après un doctorat de cinéma, il entame une carrière de documentariste. Choqué du silence effroyable de la communauté internationale quand son pays natal tombe aux mains des talibans, il écrit. Trois romans en langue persane d’abord, puis un quatrième, en français, Syngué Sabour, récompensé du Prix Goncourt en 2008. Ce plaidoyer tragique pour la cause des femmes se fait parabole de la menace qui demeure sur un pays dont on éteint les incendies successifs sans jamais chercher à remédier à leurs causes.

Quand la comédienne Dominique Bouché offre à Didier Perrier le roman Syngué Sabour, tous deux perçoivent la puissance théâtrale de cette fable. Le metteur en scène, formé à l’École du Théâtre des Quartiers d’Ivry alors dirigée par Antoine Vitez, choisit de transformer le texte en une pièce pour trois comédiennes, ouvrant le récit sur d’autres portraits de femmes, pour mieux affranchir encore son propos d’une assignation potentielle avec un pays, une guerre, une religion. Il choisit également de privilégier une parole de l’instant, livrée par des corps en mouvements, dans un jeu chorégraphié et polymorphe entre conte, chant et danse. Dans un décor simplement fait de sable et de lumière, la triade est accompagnée sur scène par une musicienne qui, tour à tour, souligne l’action, accentue les émotions ou se trace un chemin parallèle… comme le chœur d’une tragédie qui se ferait annonciateur de la fatalité ?



La presse en parle

Un beau travail où musique, danse et théâtre sont au service de l’émancipation des femmes, partout dans le monde… Une pièce coup de poing !
Thierry Bonté, France 3

C’est peu dire que le public retient son souffle face à la majestueuse prestation de ces quatre femmes.
Nadia Nejda, Le Courrier Picard

Les trois comédiennes accompagnées d’une musicienne façonnent avec délicatesse cette pierre de patience avec l’espoir, peut-être vain, d’en gommer les aspérités.
Bernard Duchet, St-Quentin Mag