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Mademoiselle Julie


d’August Strindberg
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adaptation et mise en scène
Jean-Marc Chotteau
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Création 2021 - La Virgule
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Spectacle proposé à l’abonnement
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Du 16 novembre 2021 au 11 décembre 2021

Salon de Théâtre, Tourcoing [F]

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• lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h00
• samedi à 17h00
• relâche les dimanches et les 06, 07 et 08 décembre
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Complet les 16, 18, 19 et 27 novembre
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L’accès aux salles de La Virgule est actuellement conditionné à la présentation d’un pass sanitaire indiquant un schéma vaccinal complet contre la COVID-19 ou un test négatif à la COVID-19 de moins de 24h. Les spectateurs doivent également porter un masque dès leur entrée dans l’enceinte du théâtre et le conserver pendant toute la durée de leur présence dans nos espaces.

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Production : La Virgule
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Avec : Estelle Boukni, Julie Duquenoy, Melki Izzouzi
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Silhouettes des villageois : Brigitte Derin, Éric Marchal, Émeline Miny, Eddy Vanoverschelde
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Assistanat à la mise en scène : Carole Le Sone
Assistante stagiaire : Émeline Miny
Scénographie : Jean-Marc Chotteau
Construction du décor : Alex Herman
Décoration : Frédérique Bertrand, Bertrand Mahé
Réalisation des costumes : Les Vertugadins
Lumière : Éric Blondeau
Régie : Guillaume Bommel, Charly Caure, Valentin Cuvelier,
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Durée du spectacle : 2h00 sans entracte
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Tout public à partir de 13 ans


Phototèque


Interdite à la création car jugée trop sulfureuse, la pièce du Suédois Strindberg est aujourd’hui l’une des plus jouées au monde. Certes, pour l’irrésistible séduction que le personnage a suscitée chez des générations d’actrices, de metteurs en scène et de publics, mais aussi pour les thèmes qu’elle aborde qui ont su traverser les époques.
L’action se déroule en une seule nuit (celle de la Saint Jean, où le peuple s’enivre et danse en se donnant l’illusion de pouvoir sortir de sa condition), et dans un seul endroit : la cuisine du château de Monsieur le Comte. C’est là que Julie, sa fille, à peine sortie de l’adolescence, va passer la nuit pour provoquer sexuellement Jean, le valet de son père. Quand elle se sera donnée à lui, leurs deux mondes vont se déchirer. Car tout les oppose : Jean rêve d’ascension sociale, Julie d’émancipation. Lutte des classes et guerre des sexes.
Exauçant le vœu de Strindberg d’un théâtre « révolutionnaire » par sa proximité avec le public, c’est dans l’intimité du Salon de Théâtre que Jean-Marc Chotteau propose une vision délibérément naturaliste de ce huis-clos tragique aux résonances hitchcockiennes.



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NOTE D’INTENTION

« Avant de déclarer mon intention de mettre en scène Mademoiselle Julie, j’imaginais déjà les questions auxquelles je devrais répondre : - quel regard neuf avais-je donc la prétention de porter sur la plus jouée au monde des pièces de Strindberg ? - à quelle comédienne oser confier un rôle qu’avait marqué au théâtre de leur talent des Fanny Ardant, Emilie Duquesne, Juliette Binoche… ? Et surtout, - comment pouvait-on en 2021 faire admettre la vraisemblance de cette histoire écrite en 1888, où une jeune aristocrate, à avoir voulu inconsciemment échapper au carcan de son destin social, va, de honte, songer au suicide pour avoir fait l’amour avec le valet de son père ?

À cette dernière et très pertinente objection, j’optais, à contre-courant des tendances contemporaines, pour m’abstenir de toute modernisation, que ce fût par les costumes, le style de jeu, ou le décor. Pour faire résonner la pièce aux oreilles d’un spectateur d’aujourd’hui, il me semble paradoxalement plus heureux de la conserver dans son cadre historique, les problématiques d’ordre moral ou social ayant perdu de leur radicalité dans les décennies qui suivirent sa création. Certes, la fille du Comte, veut, dès les premières scènes, dominer le valet Jean, mais le combat qui s’installe peu à peu entre eux apparaît désormais moins comme une lutte de classe qu’une lutte de pouvoir entre un homme et une femme. Aussi, je souhaite faire en sorte que le spectateur entre comme moi en totale empathie avec cette jeune femme dont l’arrogance, les caprices, la solitude, sont à la mesure de son immense désarroi dans son désir de liberté et d’émancipation, mis à mal par un homme violent et prêt à tout pour son ascension sociale. Alors féministe, la pièce du très misogyne Strindberg ? Assurément oui ! Mise en scène dans son contexte d’époque, elle pourra faire mesurer par le public le chemin gagné socialement par les conquêtes du féminisme, mais surtout celui qui reste à faire, comme incite à l’emprunter l’effroi qu’inspire, aujourd’hui comme hier, le cynisme manipulateur d’un Jean contre lequel vient se fracturer l’innocence perdue de Julie.

Strindberg, dans la préface de sa pièce qu’il sous-titre Tragédie naturaliste, faisait le rêve d’une petite scène et d’une petite salle : Le Salon de Théâtre pouvait donc lui offrir le cadre parfait ! Dans mes premières esquisses scénographiques, l’action se passerait donc bien dans une vraie cuisine, celle du château, aux murs voûtés de pierre, mais en sous-sol, car Julie la fille de Comte y va descendre, dans tous les sens du terme : la domesticité est en bas, et les riches, comme le ciel, en haut. Il y fait sombre : tout se passe en une nuit, avant que les soupiraux ne fassent passer la lumière de l’aube. On y fera vraiment la cuisine, et je souhaite, même par souci d’un réalisme proprement strindbergien, qu’on sente le rognon que la sage et soumise cuisinière Kristin va servir à Jean, son fiancé sans scrupule.

Mais le naturalisme ne se cantonne pas aux dimensions d’un plateau ni au réalisme d’un décor : il s’agit d’offrir au spectateur l’illusion d’assister à une tranche de vie, quitte à n’en pas cacher ce qu’il peut y avoir de sordide ou de provocant. Et surtout ne pas simplifier ou rendre artificiellement limpide la psychologie des personnages ! A chaque spectateur, selon le vœu de l’auteur, de deviner leurs motivations dans leurs changements de ton et d’humeur, comme à travers leurs silences. Sommes-nous bien sûrs de ce que Julie va faire une fois sortie de scène ? D’où vient sa conduite étrange ? Du caractère de sa mère qui voulait en faire un homme ? De l’ambiance festive de la Saint Jean ? « Parce qu’elle a ses règles », comme le suggère la cuisinière ? De la bière qu’elle boit avec excès ? De l’odeur du lilas ? D’un premier désir sexuel ? De l’absence d’une autorité paternelle ? De la perfide influence de Jean sur son esprit tourneboulé ?... Au spectateur de faire le travail ! Et à la direction d’acteur de ne pas réduire le champ des interprétations…

Car les meilleures intentions dramaturgiques ne valent rien sans une distribution à la hauteur. Je n’ai pris ma décision de monter la pièce qu’après avoir eu les accords enthousiastes de Melki Izzouzi, dont j’ai eu le bonheur de découvrir le talent au cours d’un stage au Conservatoire et qui jouera Jean, d’Estelle Boukni qui fut ma parfaite partenaire de ma pièce Comma, et qui sera Kristin l’énigmatique et pieuse cuisinière, et enfin ; dans le rôle de Julie… Julie Duquenoy dont le public de La Virgule a, je l’espère, pu apprécier la touchante interprétation dans le rôle d’Agnès de L’École des femmes, que j’ai présentée et jouée il y a trois ans…

Au-delà de la justesse espérée de ces intentions, je tâcherai de faire en sorte que le public, qui en sera le seul juge, prenne du plaisir, comme le voulait Strindberg, à « s’obliger l’œil », pour se faire de cette pièce, qui s’est inscrite durablement par son universalisme dans le répertoire mondial, une perspective personnelle et inédite. »

J.M.C


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La presse en parle

Pour sa mise en scène, Jean-Marc Chotteau a délibérément choisi de ne pas « moderniser » la pièce en lui donnant un air contemporain et finalement c’est tant mieux. Replacer les trois personnages, Julie la jeune aristocrate, Jean le valet et Kristin la cuisinière dans leur époque permet de mieux apprécier toute la force sulfureuse du texte.
Dans la cuisine au sous-sol qui sent bon le rognon flambé, on trouve l’aristocratie insouciante et triste (portée à merveille par Julie Duquenoy que l’on a déjà pu apprécier dans "L’École des femmes") de Julie qui ne pourra jamais sortir de son milieu au risque de se perdre. Mais aussi la volonté et les espoirs de Jean (Melki Izzouzi particulièrement à l’aise dans le costume) qui cachent son mépris des puissants qu’il sert parce qu’il n’a pas vraiment d’autre choix. Et enfin la résignation de Kristin (Estelle Boukni très attachante), la cuisinière qui se réfugie dans la religion pour trouver des justifications à sa situation d’invisibilité sociale, persuadée que le paradis lui ouvrira les bras. Est-ce seulement en 1888 que les classes sociales ne pouvaient se rencontrer ?
La pièce de Strindberg est toujours troublante d’actualité et résolument politique quand elle interroge sur la place des femmes dans la société. Les puissants y sont tour à tour méprisants, pervers et fragiles, les petites gens ont parfois des rêves qui les dépassent, sont capables d’héroïsme comme de bassesse. Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis 150 ans ?

Christian Vincent, La Voix du Nord

Jamais la mise en scène n’accentue ou n’allège le texte originel dont elle conserve toute l’amplitude et la profondeur. (...) En n’accentuant aucune interprétation, Chotteau préfère faire confiance à son public, laissant ouvert le champ des possibles quant à l’interprétation des motivations de chacun des personnages et de leurs choix.
Sur scène, Julie Duquenoy est une Julie tour à tour tentatrice et ravagée, troublante et troublée, passant du charme à la détresse face à un Melki Izzouzi très à l’aise dans la peau d’un Jean plein d’autant d’aplomb et de verve que de doutes et de craintes.
Simple et efficace, la scénographie de cette cuisine achève de contribuer à nourrir à une réflexion qui déborde largement l’espace modeste de la petite salle du Salon de Théâtre et du texte de Strindberg. C’est sans doute la meilleure preuve de la pertinence de la mise en scène naturaliste de Jean-Marc Chotteau.

Guillaume Branquart, Sortir

Jean-Marc Chotteau a réuni un remarquable trio de comédiens dans un huis-clos tendu, parfois suffoquant et violent, mais qui offre également quelques moments d’un rire libérateur. Il captive le spectateur par sa mise en scène haletante de la sulfureuse tragédie d’August Strinberg. (...)
Allez sans hésiter découvrir
Mademoiselle Julie, plongez dans un tourbillon de sentiments intenses, confrontez-vous aux paradoxes de ses personnages et vivez pleinement cette pièce passionnante. Si vous aimez les beaux textes et les mises en scènes exigeantes vous serez comblés.
Lise Potier, Le Ch’ti