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Production : La Virgule (Mouscron-Tourcoing)
Avec : Frédéric Barbe, Jean-Marc Chotteau, Didier Coquet, Éric Leblanc, Claire Mirande et Dominique Thomas
Figurants : Vianney Ferret et Nicolas Deschildre
Assistante à la mise en scène : Carole Le Sone
Collaborateurs artistiques : Michal Ratynski et Séverine Ruset
Décor : Jacques Voizot
Costumes : Chantal Hocdé
Maquillage : Gwendaline Ryu
Lumière : Sébastien Meerpoel
Vidéo : Pascal Goethals

Le Réformateur de Thomas Bernhard, (Der Welt Verbesserer, traduction Michel Nebenzahl) Ed. L’Arche, Paris


Phototèque


LE RÉFORMATEUR


Texte de Thomas Bernhard
Mise en scène de Jean-Marc Chotteau


Durée2h10 sans entracte

« Quand Michal Ratynski, metteur en scène polonais avec qui j’organisais à Katowice des ateliers d’écriture, me proposa, m’ayant vu dans l’Éloge de la Folie, de lire Le Réformateur de Thomas Bernhard et d’envisager de l’incarner, je ne pus m’empêcher d’exprimer quelques doutes. Quel lien pouvait-il y avoir entre l’univers énergique et humaniste d’Erasme et l’ouvre de cet auteur autrichien asocial, pourfendeur de l’humanité ?

Comme les autres pièces de Thomas Bernhard, et à l’encontre de La Folie, le Réformateur en effet ne suscite pas plus de compassion qu’il ne vient chercher nos rires, même si l’extrémisme sans concession et parfois obsessionnel de sa vision de la société est susceptible d’en déclencher quelques-uns, jaunes sans doute.

Mais, comme La Folie, ce personnage démesuré (bien que paralysé dans un fauteuil, et replié du monde dans ce que j’imagine être une espèce de tour d’ivoire) ne peut laisser un acteur indifférent ; quant au spectateur, entraîné dans la logorrhée totalitaire et hypocondriaque d’un tyran misogyne et misanthrope, on peut aisément l’imaginer mettant ce monstre au rang des grandes figures théâtrales de l’excès, et ne pas bouder son plaisir d’être confronté à l’énormité de l’inaudible, ou à la surprise de l’inouï.

« Qu’est ce qu’il convient de dire ? À quoi sert de dire ? D’écrire ? » N’ai-je pas récemment, dans Comma, développé cette interrogation typiquement bernhardienne qui taraude, sans le faire taire, le Réformateur ? En relisant la pièce comme une réflexion sur le silence, (celui de sa femme par exemple, servante soumise et étrangement consentante), il ne fait aucun doute qu’il convenait d’accepter la proposition de Michal Ratynski, en lui demandant de bien vouloir accepter de collaborer à la mise en scène. Je bénéficierai ainsi de l’acuité de son regard de directeur d’acteurs pour le rôle énorme qu’il me suggère d’endosser et celui, non moins difficile, mais tout aussi séduisant, de l’épouse tyrannisée qui sera confié à Claire Mirande.

À ce jour où se préparent les premières répétitions, je remercie mon homologue polonais de m’avoir fait entrer passionnément dans cette pièce d’un humour noir implacable, signée d’un des plus troublants, des plus vrais et des moins donneurs de leçons des écrivains du vingtième siècle. »

J.-M.C.