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Éduc’


Texte et mise en scène de Jean-Marc Chotteau

Du 11 janvier 2017 au 13 janvier 2017

Centre Marius Staquet, Mouscron [B]

• mercredi et vendredi à 20h30
• jeudi à 19h30

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Production : La Virgule (Mouscron-Tourcoing)
En association avec : l’AAPI - Association d’Animation, Prévention Insertion (Tourcoing)
Remerciements aux éducateurs de l’AAPI à Tourcoing et du Club Azimuts à Mons-en-Barœul pour les récits de vie qu’ils ont confiés à La Virgule.
Avec : Aurélien Ambach-Albertini, Sabrina Ammouche, Marie-Christine Demeester, Roxane Desmit, Sacha Dillies, Virginie Houillon, Nicolas Komorowski, Éric Leblanc, Annabel Molliard, Mégane Vangeluwe, Laurent Veraeghe
Assistante à la mise en scène : Carole Le Sone
Création vidéo : Fanny Derrier
Création lumière et régie : Éric Blondeau
Scénographie : Jean-Marc Chotteau
Décor : Céline Duchilier, Sébastien Halliez, Jean-Marc Platteau des Ateliers de Mouscron
Durée du spectacle : 1h50 sans entracte
Jeudi 12 janvier, rencontre avec l’équipe artistique à la fin de la représentation


Après avoir mis en scène la mémoire des ouvriers du textile (La Vie à un fil, Jouer comme nous) et celle des habitants de HLM (HLM - Habiter La Mémoire), Jean-Marc Chotteau signe avec Éduc’ une nouvelle pièce inspirée de témoignages. Cette fois, il s’est immergé dans le monde des éducateurs de rue dont la tâche difficile consiste à prévenir tout ce que le mal-être social, le décrochage scolaire ou le chômage peuvent entraîner de dégâts parmi les jeunes de nos quartiers. Il en a créé une pièce touchante et profonde servie par onze comédiens qui s’approprient les bouleversants récits de ces vies qu’on préfère souvent ignorer, cacher ou caricaturer.
Dans un décor inspiré de ces rues dont les murs bariolés de tags et graffitis exposent en grand format les souffrances qui ne s’expriment que dans la marge, Chotteau donne à voir en pleine lumière un travail de l’ombre dont l’émouvante humanité donne des raisons d’espérer.



« Elle et lui sont des « muristes » comme disent leurs éducateurs : ils passent leurs journées dans la rue, à « tenir les murs »…

Elle ne parle pas beaucoup (à l’école, on l’appelait la mutique) mais elle écrit sur les murs ce qu’elle ne sait pas dire. À la maison elle ne parle qu’avec son chat, à qui il lui arrive de faire la lecture… Elle s’appelle Sarah.

Lui est plus bavard, et Sarah l’écoute si attentivement qu’il lâche tout : ses démêlés avec la justice, la cour d’assise, le séjour en prison, et puis le bracelet électronique, mais aussi le soutien de Maggy et Tahar, ses éducs. Maggy surtout, à qui, de sa cellule, il écrivait des poèmes…

Il s’appelle Rayan, mais lui, il ne sait pas trop bien s’il va être sauvé comme le soldat du film. En fait, il ne sait plus très bien comment il s’appelle… « Ils ne savent pas comment nous appeler ! « Jeunes » ils disent parfois. C’est comme ça qu’ils nous appellent ! Quand t’es toubib, t’as des malades ou des patients, quand t’es psy t’as des fous, quand t’es prof t’as des élèves, quand t’es pompier t’as le feu, et quand t’es éduc’, t’as rien ! Si, des « jeunes » ! Ils disent jeunes, ou ayant droit, ou bénéficiaires aussi. Des fois ils disent public. Tu peux m’appeler « public » si tu veux… »

C’est une association d’éducation préventive, l’AAPI, de Tourcoing, qui est venue au printemps 2015 demander à La Virgule si elle pouvait présenter un de ses spectacles, dès l’année suivante, pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de l’association. Il fut un moment question de la reprise de Night shop ou L’Arabe du coin, créé en 2010, mais très vite, Jean-Marc Chotteau, honoré et enchanté d’une demande susceptible d’ouvrir son théâtre à de nouveaux publics, fit la proposition d’écrire un spectacle « sur mesure », à la condition que l’association lui permît d’entendre et de récolter les témoignages de ses salariés. Ce qui fut fait.

Éduc’ est donc un spectacle inspiré d’un important collectage de près de cent heures de récits de ces travailleurs de l’ombre, qui mettent une grande partie de leurs vies au service des autres, et tentent de prévenir, par leur écoute et leurs conseils, les désordres inévitables d’une société en mutation.

Pour interpréter sa pièce, Jean-Marc Chotteau a fait appel à onze comédiens, dont neuf sont issus de son École Transfrontalière du Spectateur, qui, on le verra, ne forme pas en trois ans de cours que des spectateurs, mais aussi des comédiens dont le professionnalisme et la justesse ont suscité l’enthousiasme à l’occasion des deux représentations données en avant-première les 2 et 3 juin derniers. À leurs côtés, Aurélien Ambach-Albertini, un jeune comédien formé à la prestigieuse école du Théâtre du Nord, dont l’interprétation sensible et sincère du rôle de Rayan a bouleversé le public.

Enfin, c’est Éric Leblanc, qui aura été le professeur des neuf premiers, qui tiendra le rôle d’un directeur d’une « asso de prév’ » sur le point de prendre sa retraite et dont quarante ans d’expérience lui ont appris que, pour travailler dans la rue, « il faut savoir se blinder, se faire une carapace »… Car la tâche est ingrate : « L’éducation préventive, c’est comme le ménage, c’est quand c’est pas fait que ça se voit »…

Chotteau, à travers Éduc’ a voulu faire franchir à ses spectateurs les frontières fermées de certains de nos quartiers, en se gardant de tout misérabilisme ou prêchi-prêcha. Dans une société qui tend à vouloir appliquer la politique du résultat ou du chiffre à une profession qu’on méconnaît ou qu’on ignore, il porte l’éclairage sur un travail passionnant mais de longue haleine, dont on ne mesure pas, hélas, combien de Rayan il fait, chaque jour, sortir de l’ornière.



Extrait

Virginie. - « Oui parce qu’une éduc de rue ça va vers les gens, et aller vers les gens c’est s’investir, y aller avec ses tripes, avec son cœur, avec son corps, à corps ouvert. Faudrait parfois se protéger de tout ça et ne plus y penser quand on rentre à la maison, en tout cas faudrait apprendre à le faire. Et ça on ne l’apprend pas à l’école ! Sinon on prend tout sur soi, et le paquet on l’emporte, on le porte, et c’est lourd ! Parfois je me réveille en pleine nuit, je me dis : - « oh ! J’aurais dû faire ça avec ce jeune-là ! ». Et, dès le lendemain, je vais tenter de mettre en place les choses auxquelles j’ai pensé en me tournant dans mon lit dans tous les sens ! C’est un métier qui est incrusté en nous, qu’on vit, comment dire, avec son corps. »
Éduc’ - scène 4