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Demandons l’impossible


D’après le roman de Hervé Hamon
Mise en scène de Christophe Moyer

Du 23 mai 2018 au 25 mai 2018

Centre Marius Staquet, Mouscron [B]

• mercredi et jeudi à 19h30
• vendredi à 20h30

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Production : Compagnie Sens Ascensionnels (Lille)
Coproduction : Les Tréteaux de France - Centre Dramatique National, Culture Commune - Scène Nationale du bassin minier, Espace Ronny Coutteure (Grenay), maison Folie Wazemmes (Lille)
Avec : Sophie Descamps, Cyril Brisse, Fabrice Gaillard,
David Lacomblez, Sarah Lecarpentier
Adaptation : Christophe Moyer et Hervé Hamon
Vidéos : Eric Bézy
Création musicale : Benjamin Collier
Administration de production : Aurélie Mérel (Filage)
Durée du spectacle : Environ 1h30 sans entracte (création)
Jeudi 24 mai, rencontre avec l’équipe artistique à la fin de la représentation


Cinquante ans après mai 68, Christophe Moyer interroge les bouleversements profonds engendrés par ce mouvement social et étudiant toujours inégalé. Il adapte un roman dont la force est de nous faire vivre la « révolution culturelle » du joli mois de mai, non pas d’un côté ou de l’autre des barricades, mais dans l’intimité d’un foyer.
Demandons l’impossible c’est l’histoire d’une famille moyenne, trois enfants comme tout le monde, la province pas très loin, les guerres (39-45 et l’Algérie) pas oubliées, la mère un peu catho, le père un peu coco, des crédits en cours, l’ascenseur social en marche, la télé aux ordres et en noir et blanc, le Général en père de la nation, la banlieue qui se bétonne et le poulet du dimanche… Chacun va vivre mai 68 dans la sphère où il évolue : la cuisine familiale pour Mélina la mère, la très conservatrice fac de médecine pour l’aîné, un groupuscule maoïste pour le cadet, le lycée pour la benjamine...
Dans un décor peuplé d’objets du quotidien, animé de musiques d’époque et d’images de l’INA, cinq comédiens de la région leur donneront vie avec un parti-pris de jeu résolument espiègle.



Note d’intention par Christophe Moyer

«  Depuis six ans, nous sillonnons la France avec NAZ, un spectacle sur un jeune skinhead. Deux cent représentations et autant de débats sur les idées qui se radicalisent, comme une partie de la jeunesse et de la société… sur les référents auxquels on ne peut plus se référer, sur notre incapacité à produire du sens collectif, sur, sur… bref sur une société à la fois perdue et tendue, qui bouillonne et explose ici et là. Une société gavée à « la réforme » mais où rien ne semble changer. Une société plongée tête la première dans une politique identitaire. Une société qui se cherche des révolutions…
Ces questionnements, échanges, interrogations m’ont donné envie de me replonger dans le roman d’Hervé Hamon duquel j’avais adapté une lecture en 2013. En effet, nombreux sont ceux qui, ces dernières années, se réfèrent à mai 68, vécue comme une révolution, fondatrice pour certains, critiquable pour d’autres… pour tenter une explication de notre société d’aujourd’hui.
Que reste-t-il aujourd’hui de cette explosion contestataire au sein des Trente glorieuses ? Un ascenseur social en panne, des crédits plus que jamais, et surtout des banques, des médias certes en couleurs mais toujours aux ordres, un Général qui manque à certains, un Poujade qui a trouvé ses héritiers… Ce qui paraît sûr, c’est qu’aujourd’hui il reste des vieux au pouvoir, pour la plupart d’anciens soixante-huitards. C’est le drame de la jeunesse actuelle. Les soixante-huitards ont fait leur révolution pour découvrir les joies de l’individualisme, mais ils avaient derrière eux, dans leur famille, une solide formation dans des collectifs : le Parti, l’Eglise, les syndicats… La jeunesse d’aujourd’hui est née individualiste, sans souvenir de collectifs forts… Alors elle cherche : la tentation du religieux, du vote extrême ou du collectif qui peut très vite lui paraître suspect. Bref, c’est pour cela qu’il me semble pertinent de mettre en scène cette chronique divertissante et intelligente des chambardements dont nous ne nous sommes pas encore remis. Donner à voir cinquante ans plus tard ces révolutions intimes de 68 qui nous habitent encore pour nous interroger collectivement sur les révolutions qui nous agitent aujourd’hui…
Demandons l’impossible ! »



Christophe Moyer

Depuis sa première création Pignon sur rue en 2001, il écrit, met en scène et dirige la compagnie Sens ascensionnels. Son théâtre raconte et questionne le monde contemporain : Le Rapport Lugano d’après Susan George, Café équitable et décroissance au beurre, Les Pensées de Mlle Miss, La Cellule, Un monde sans, y compris pour le jeune public avec Oblique et J’ai un arbre dans mon cœur. Il a aussi mis en scène des auteurs contemporains reconnus : Faut pas payer de Dario Fo, Information sur le Schnaps de Luc Tartar, Shitz de Hanokh Levin, NAZ, Chantiers interdits et Qui commande ici ? de Ricardo Montserrat, et d’autres en devenir : Dukone de Thomas Suel. Il réalise aussi des spectacles et écrit des ouvrages à partir d’entretiens (Rendez-vous du Jard, Foyer de routes, La Guerre des grands, Le Grenay de mon environnement, et Portraits de territoire avec les Tréteaux de France pour qui il a réalisé plusieurs mises en scène.
Christophe Moyer est également comédien, depuis 1996 il a travaillé au théâtre aussi bien avec des metteurs en scène étrangers qu’avec des compagnies des Hauts-de-France et joue occasionnellement pour le cinéma comme récemment dans Chez nous de Lucas Belvaux.



Extraits

Pour moi, la révolution a commencé un dimanche d’avril 1968, juste avant la grand-messe que devait célébrer mon beau-frère Pierrot. J’étais dans notre chambre en combinaison mauve, avec Bernard, mon mari. Vous vous rappelez les combinaisons ? On portait ça sous la robe, c’était quelquefois brillant, quelquefois en nylon transparent, avec un liseré de dentelle. Quand ça dépassait un peu, les gens se moquaient, la formule consacrée était que la fille cherchait une belle mère. Eh bien, moi, j’affirme que ce dimanche d’avril, entre dix et onze heures, dans ma vie, la révolution a commencé.
Demandons l’impossible !, version théâtre, extrait, Mélina

Ils étaient une dizaine d’étudiants dans le petit local… et une seule fille, une jolie rousse à la peau nacrée. Par terre traînaient en vrac des livres, des journaux, des brochures. La décoration se résumait à trois éléments. Une faucille et un marteau peints au pochoir. Une photographie du président Mao traversant à la nage le fleuve Yang-Tsé. Et une affiche d’À bout de souffle.
Demandons l’impossible !, version théâtre, extrait

Le ministre de l’intérieur, Christian Fouchet, fait monter des renforts sur la capitale. Douze meneurs, dont Daniel Cohn-Bendit, étudiant à Nanterre, ont été déférés devant la justice. Pour sa part, la direction du Parti Communiste dénonce, je cite, « l’action irresponsable de l’anarchiste allemand Cohn-Bendit et des fils de grands-bourgeois qui multiplient les provocations sous couvert de phraséologie révolutionnaire… »
Demandons l’impossible !, version théâtre, extrait

Vous êtes en train de vous dire que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, que lui c’est lui et vous c’est vous. Et que, de toute manière, le parti communiste est un parti légal, stalinien mais légal. Je me trompe ? Vous m’avez toujours paru un gaillard solide, Duvergnon. Alors je vous le dis : méfiez-vous de l’air du temps. Je ne connais pas vos opinions et je ne veux pas les connaître, mais, bon Dieu !, méfiez-vous de l’air du temps.
Demandons l’impossible !, version théâtre, extrait, Taillenter

Vous me faites marrer, avec votre augmentation du siècle. Le patronat s’en fout royalement de lâcher un peu de fric. Dans six mois, l’inflation l’aura bouffée, l’augmentation du siècle. Tout ce que veut le Parti, et la CGT avec, c’est négocier vite fait et brader le mouvement. Ils ont peur de nous, tout le monde a peur de nous, la droite et les révisos réunis.
Demandons l’impossible !, version théâtre, extrait, Antoine